Kintinian : le périple d’un habitant de la cité Koron

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Kintinian : le périple d’un habitant de la cité Koron

«Cet article a été produit par Fatoumata Kanté, collaboratrice à guineeline.com et rédigé dans le cadre d’un programme de développement des compétences medias dirigé par la Fondation Thomson Reuters. Le programme est financé par le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ) et exécuté par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. 

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Timide, le  regard hagard,  les cheveux ébouriffés, le quadragénaire  Dantily Camara, égrène son chapelet de souvenir de sa vie d’antan à Area One, assurant que c’était la meilleure des périodes jusqu’en 2016.

C’est à cette date que la société Anglo Gold Ashanti de Guinée (SAG), soutenue par les pouvoirs publics, est parvenue à déguerpir les 365 familles qui avaient élu domicile sur le site Area One, récupéré par la multinationale sud-africaine.

Polygame, marié à trois femmes, ayant sous sa responsabilité plus d’une trentaine d’enfants, Dantily, semble réussir sa vie à la force du poignet après son déguerpissement manu militari.

‘’Si je n’avais pas eu ce petit contrat, j’allais revendre ma maison pour aller commencer une nouvelle vie ailleurs », a-t-il asséné, l’air fatigué, abattu par une journée de dur labeur dans une entreprise sous-traitante de la SAG où il a signé un contrat de six mois en mars 2018.

  1. Camara et sa famille occupent un bâtiment de cinq chambres qui ne semble pas répondre à ses aspirations, fait-il observer, la mélancolie dans le regard.

Il desserre difficilement les dents pour déclarer le montant de ses émoluments parce qu’en Guinée, on ne parle pas publiquement de son salaire. En tout état de cause, il affirme avoir perçu l’équivalent de 180 à 320 euros au cours des deux premiers mois de ses prestations.

L’exiguïté du nouveau gite de la famille Camara, implanté dans la Cité dénommée ‘‘Koron’’, ne semble pas être confortable, en comparaison à leur précédent logement qui, selon ses dires, était spacieux, avec la possibilité d’extension de la concession familiale.

La cité Koron, qui est le fruit du projet d’extension de la SAG, et qui se trouve à cheval entre le village de Kintinian village et l’usine de la SAG sur un vaste terrain aride. Sur ce vaste domaine est réalisées des bâtiments séparés par des petites ruelles étroites qui s’ouvrent sur des lotis plus ou moins proportionnels à ce que chaque famille possédait sur l’ancien site. Elle a été construite par la Société au lendemain du déguerpissement des populations d’Area One pour leur servir d’habitat.

« Nous leur avons construit des maisons de haut standing en Guinée et d’autres infrastructures communautaires», lâche fièrement William Leshilo, responsable Afrique des Relations communautaires de la SAG.

Mais cela s’avère insuffisant aux yeux des communautés dont le quotidien est de plus en plus difficile apparemment.  une jeune fille de retour d'une quête d'eau dans la cité

Dans la localité, l’orpaillage est l’activité principale, ces familles ont été ainsi sevrées de leur essentielle source de revenu par le projet de la SAG sans une compensation des terres comme prévu par la loi.

Assise sous une petite hutte qui lui sert de cuisine, la dame Makoura Traoré, l’une des épouses de Dantily Camara, découpe des mangues dans une marmite sous le regard impuissant de son mari, précisant que « c’est le diner de la famille ». La relocalisation n’a pas pris en compte les moyens de subsistance, lance-t-il.

Pourtant le processus de relocalisation des populations affectées par les projets miniers exige la concertation avec toutes les personnes impactées, y compris les couches vulnérables, notamment les femmes pour la prise en compte de leurs préoccupations.

Selon les femmes de la cité, aucune d’elles n’a pas pris part à cette activité. La dame Makoura, n’a pas fait exception à cette exclusion. Elle indique qu’aucune habitation de la cité ne dispose pas de cuisine, la pénurie de l’eau potable est leur quotidien faisant des latrines des zones interdite à cause de l’odeur nauséabondes qu’elles dégagent.IMG_20180416_165046

Elle rumine difficilement sa déception à cause de la déscolarisation de ses enfants depuis leur réinstallation sur le nouveau site, très éloigné de l’école.

«L’école de la cité n’est pas opérationnelle. Je ne fais aucune activité actuellement. Ce que gagne mon mari n’est pas suffisant pour supporter la popote de la famille et les frais de transport des enfants qui sont nombreux », se lamente la dame Traoré.

En attendant la fin de son contrat, Dantily Camara comme nombre d’habitants de la cité fondent leur espoir, depuis l’entame des négociations avec la SAG, sur une issue heureuse de la médiation pour enfin être rétabli dans leur droit.

Fatoumata KANTE

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