Kintinian : L’espoir renait après la tempête

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Kintinian : L’espoir renait après la tempête

«Cet article a été produit par Fatoumata Kanté, collaboratrice de guineeline.com et rédigé dans le cadre d’un programme de développement des compétences medias dirigé par la Fondation Thomson Reuters. Le programme est financé par le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ) et exécuté par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH. 

 Le Ministère fédéral allemand de la coopération économique et du développement (BMZ) et la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH ne sont pas responsables des contenus publiés, ceux-ci relevant exclusivement de la responsabilité des éditeurs .»

Les habitants de Kintinian, dans la préfecture de Siguiri (région de la Haute Guinée), à plus de 700 km de la capitale guinéenne, Conakry, ont la rancune tenace après avoir été dépossédés à coup de fusil de certaines de leurs terres, d’après leur récit, au profit d’une société minière sud-africaine Anglogold Ashanti de Guinée (SAG). Un bras de fer en passe de connaitre son épilogue depuis l’implication du CAO (office of the compliance advisor), le bureau de médiation de la Société Financière Internationale.

Sans soutien au moment des faits si l’on s’en tient à leur récit, les villageois plaignent avoir presque tout perdu, notamment les terres, léguées par leurs aïeuls. Selon leurs dires, la complicité de l’état a eu raison de leur pugnacité en vue de défendre, bec et ongles, leur patrimoine, spolié par la Société Anglogold Ashanti de Guinée (SAG), une grande compagnie sud-africaine d’exploitation de l’or.

Pour la SAG, les choses ne sont pas passées ainsi et présente une autre version des faits, selon laquelle, aucun habitant du site en question n’a été déplacé contre son gré. Elle affirme également que des séries de consultations ont eu lieu entre les responsables de la compagnie et les communautés pour leur proposer un plan de compensation et de relocalisation.

Même son de cloche du côté des autorités locales, qui disent que les populations de Kintinian ont été consultées et ont donné leur accord de principe pour le déplacement.

Depuis 1998,  l’entité sud-africaine dispose d’une concession minière, estimée à 1.500 kilomètres carrés. Elle détient 85% du capital de l’entreprise, tandis que les 15% autres sont détenus par l’état guinéen.

Selon le bureau de presse de la présidence de la République, la SAG a versé 466 millions de dollars à l’état guinéen entre 2008-2013. Quant à sa contribution au développement local, celle-ci se chiffre, en moyenne, à 1.770.000 dollars sur la période 2004-2015. Elle a créé 1.881 emplois au cours des dix dernières années.

Menaces de fermeture

Contre toute attente, la SAG annonce, en mars 2015, une proche fin de l’exploitation dans la zone. Raison invoquée : ‘’le périmètre initial est désormais étroit pour combler les ambitions de la compagnie’’. Une éventuelle fermeture d’une des vaches laitières de l’Etat, a incité les pouvoirs publics à monter au créneau en vue de persuader les villageois à céder leur patrimoine.

Le souci des pouvoirs publics était double : préserver leur manne financière et éviter le syndrome de Fria (région de la basse Guinée où était implanté le géant russe de l’aluminium Rusal fermé en avril 2012). Mais seulement qu’ils ont été maladroits dans cette action aux dires des communautés.

« Le chef de l’Etat, M. Alpha Condé et plusieurs hauts dignitaires sont venus nous rencontré pour nous expliquer la portée du projet. On était disposé à céder paisiblement Area One. Mais il a fallu qu’ils tournent le dos pour que tous les engagements qu’ils ont pris en contrepartie tombent à l’eau », se rappelle Balla Camara président du comité des anciens habitants d’Area One.Vue panoramique de la mine (Area One)

Les conciliabules n’ayant pas fait tache d’huile, en 2016 l’usage de la violence entre en jeu pour déloger les occupants de ‘’Area One’’, fait savoir les responsables du comité des populations du site. Ce sont au total 365 familles qui ont été touchées par le déplacement. A la place de leurs habitations, c’est un trou béant laissé par près de deux ans d’exploitation sans relâche.

La relocalisation serait-elle en panne ?

Selon le code minier guinéen, le processus de relocalisation des populations affectées par les projets exige au préalable la réalisation d’études  pour identifier, évaluer l’ensemble des biens des personnes à déplacer pour une éventuelle compensation.

C’est ainsi que la SAG a recruté le cabinet INSUCO, dont le rapport indique que  les agents, chargés de l’étude n’ont pas pu rencontrer les populations d’Area One, concernée par le déplacement sous prétexte qu’il y avait un conflit dans la zone.

L’étude en question a été réalisée à Bokaria, sur une communauté voisine. Son  résultat a été ensuite transposé sur les populations affectées dans le cadre de l’élaboration du plan d’action de réinstallation et de compensation.

Obligés de déménager en 2017, dans la cité construite par la SAG, depuis leurs conditions de vie est peu commode, laissent entendre les habitants de la Cité. Sur cinq forages, seulement deux fonctionnent, les parcelles octroyées ne donnent aucune possibilité d’extension du domicile familial contrairement à leur ancienne demeure.

Suivant un activiste de la société civile qui parle de déguerpissement, le processus de relocalisation des populations a subi une transgression des lois nationales. « Il y a eu violation des articles 123, 130, 142 du code minier guinéen et de la norme 5 de la Société financière internationale (SFI, filiale de la Banque mondiale) relatif à la réinstallation et  la compensation », fait savoir Aboubacar Diallo coordinateur du programme Ressources Naturelles au Centre pour le commerce international et le développement (CECIDE).

Poursuivant, il assure que ce processus exige la consultation préalable des communautés affectées pour une meilleure évaluation des biens à compenser et une indemnisation pouvant réhabiliter les moyens de subsistance.

Mais William Leshilo président pour l’Afrique des Relations communautaires de la SAG balaie d’un revers de main ces allégations. Selon lui, il y a eu une série de rencontres communautaires avant leur réinstallation sur un site de leur choix.

Il soutient également que l’indemnisation et la compensation des biens ont été faites au-delà des attentes de la communauté. Il ajoute par ailleurs: « Nous sommes à même de confirmer que les populations affectées par le projet ont reçu des accords de relocalisation après des explications et ont eu des possibilités de consultations d’autres parents et des experts juridiques».

Par la même occasion, M. Leshilo a nié l’implication de la SAG dans l’intervention militaire à Kintinian. Une intervention qu’il impute à l’Etat qui, selon lui, avait engagé une lutte contre l’exploitation illégale de l’or dans la région.

Balla Camara et ses compatriotes estiment de leur côté, qu’ils ont été grugés par les pouvoirs publics qui, selon eux, n’ont pas honoré leurs promesses. Ils assurent que le hic est l’absence de négociations, comme à l’accoutumée. ‘’L’état a envoyé des militaires pour nous assiéger lors de l’inventaire de nos biens’’, a déploré le président du comité.

En revanche, le site de Damani Tintin (cf. encadré), ‘’haut lieu sacré’’ pour les autochtones, a été cédé lors d’un autre projet de la société à l’issue ‘‘du respect des normes requises’’, disent-ils.

La hargne dans le langage, le débit rapide, la mélancolie dans le regard, les autochtones dénoncent ‘’la procédure malveillante’’ utilisée par les pouvoirs publics, ce qui a davantage motivé les villageois à ne pas céder à la menace et à l’intimidation. C’est à ce moment qu’Ibrahima Kalil kéita, le préfet de Siguiri intervient dans le conflit. Bénéficiant du respect de la communauté concernée, il parvient à leur faire signer l’accord cadre proposé par la SAG en 2015. Mais il promet en retour de les appuyer pour être rétabli dans leur droit. Une autre promesse non tenue, regrettent les représentants des communautés.

La médiation au détriment de la violence !

En avril dernier, une mission du CAO a séjourné Siguiri où il a réussi à mettre face à face, pendant trois jours, la SAG et les communautés dans ‘’un débat contradictoire et constructif’’ où chacune des parties a donné sa version des faits.

Au sortir de ladite rencontre, un communiqué a été fait par les parties dans lequel, elles conviennent de commencer un processus de résolution du différend qui sera, selon eux, confidentiel. Mais cette clause de confidentialité, n’empêche pas le responsable Afrique des Relations communautaires de la SAG, William Leshilo à déclarer être prêt à respecter le processus pour une sortie de crise au bénéfice des deux parties. Ce sentiment, on peut le lire également dans les commentaires des autres acteurs du processus. «  C’est la première fois que la SAG accepte de s’assoir autour de la même table avec la communauté dans de pareilles circonstances. C’est un succès », se réjouit Aboubacar Diallo du CECIDE.

Mais il faut signaler que le chemin a été long et périlleux avant d’aboutir à ce résultat. Saisie par la communauté de Kintinian quand celle-ci a senti l’étau se resserrer autour d’elle à Siguiri, la société civile n’est pas restée insensible à cet appel. C’est ainsi qu’une coalition d’organisation de la société civile guinéenne et internationale, composée du  CECIDE, ‘’les Même Droits pour Tous’’ et d’autres organisations internationales, ont décidé d’aller sur le terrain afin de constater les faits.

Les rapports des deux études réalisées par ce collectif a révélé l’utilisation de la force et le non-respect des lois nationales et internationales en matière de déplacement des communautés. Mais le contenu des deux rapports a été rejeté par les autorités et les responsables de la SAG.

«Si la société n’avait pas nié les faits rapportés, on allait chercher à les rencontrer pour résoudre le problème, parce que nous ne cherchons pas à mettre fin aux activités de la société qui  contribue au développement de la localité », explique M. Diallo du CECIDE une des organisations qui appuient la communauté.

En dépit de ce rejet, la coalition ne désarme pas. En 2017, elle appuie la communauté dans un processus de médiation à travers une plainte porter par les populations d’Area One contre la société auprès de la Société financière internationale (un bailleur de fond clef dans l’arsenal d’investissement du projet d’extension de la SAG), à travers le CAO, dont dit-on, la norme a été violée. Il faut préciser que la violation d’une des normes de cette institution est passible du retrait de son financement dans le projet.

Mais les autorités locales ne voient pas d’un bon œil cette action qu’elles considèrent comme une incitation de la communauté par ces structures afin de saper les activités de la compagnie et de l’Etat.

« Les ONG ne disent pas la vérité, elles sont venus pour mettre le feu et sont contre la politique du gouvernement. Certains d’entre eux ont invité ces gens qui se disent victimes jusqu’en Afrique du Sud. Pourquoi pas nous inviter nous aussi pour qu’on s’exprime sur ce qui s’est passé », s’interroge El Hadj Aliou Guissé sous-préfet de Kintinian.

Par ailleurs, les autorités n’ont presque pas intenté une démarche pour la résolution dudit contentieux. « On n’a jamais engagé une action concernant le cas Kintinian, parce que nous n’avons pas pour rôle de gérer des conflits. Mais aussi la situation était telle que le ministère n’avait plus les moyens de la gérer. D’autant plus qu’on n’a pas une armée, on n’est pas la justice » se justifie Nènè Moussa Maléya Camara responsable du département relation communautaire et du contenu local du ministère des Mines et de la Géologie.

Pourtant, ce département a procédé à l’installation des CCLM (comités de concertation dans les localités minières) dans toutes les régions minières du pays. Ces structures sont censés gérés les conflits afin de favoriser un climat de quiétude dans ces zones de plus en plus en proie à la violence. Mais le cas Area One ne semble pas les préoccuper.

Toutefois Aboubacar Diallo sans donner de détail, reste optimiste quant au bon déroulement du processus amorcé pour trouver un compromis entre les antagonistes pour une cohabitation pacifique.

«Il suffit d’un conflit pour mettre à rude épreuve des centaine d’année d’acquis. Cela s’illustre par bien de cas en Guinée. C’est pourquoi nous nous sommes inscrits dans la logique de promouvoir la paix au bénéfice du développement » argumente-t-il en substance.

Devant cette incompréhension ou une négligence des autorités, la médiation internationale leur parait être la panacée. Quand bien même que le bureau de médiation de la SFI ne soit pas une instance juridique, mais la communauté semble trouver en elle un moyen de résolution pacifique et durable du conflit. D’ailleurs, la tournure actuelle des événements semble leur donner raison. En tout cas, c’est le constat de nombre de participants à ce conclave organisé par le CAO.

Si la médiation proposée par la SFI est en passe de résoudre ce problème, ailleurs, dans le pays, plusieurs autres conflits ont été sanglants, provoquant des morts par balles ou armes blanches, ainsi que de nombreux blessés et des destructions des biens publics et privés. A Zogota (à Lola au sud du pays) par exemple, un conflit, entre les autochtones et l’entreprise Vale (une compagnie brésilienne) autour de la compensation, s’est soldé par un affrontement violent qui a provoqué la mort de cinq personnes, dont le chef de village et la fermeture de l’entreprise en question. Jusqu’à nos jours ce conflit reste pendant et sans solution.

Fatoumata KANTE

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