Orpaillage et produits chimiques: Sources de « destruction et de maladies »

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Orpaillage et produits chimiques: Sources de « destruction et de maladies »

Le chargé d’études à la direction préfectorale des mines et de la géologie de Siguiri, Saidou Condé, explique dans cette interview, l’impact de l’orpaillage sur l’environnement et les effets de l’utilisation des produits chimiques sur les exploitants et les communautés environnantes.

Comment l’orpaillage impacte l’environnement à Siguiri?

L’impact de l’exploitation artisanale de l’or sur l’environnement à Siguiri se résume à quelques points : l’impact sur l’agriculture, l’élevage et sur les cours d’eau.

Quelles conséquences  cela engendre sur ces points ?

L’exploitation se fait sur les lits des cours d’eau et des fleuves, et cela entraine la pollution des eaux. Le fait de laver le gravier dans le cours d’eau ou de pratiquer l’exploitation par dragage dans les fleuves, pollue les eaux et entraine leur tarissement. Certains propriétaires de dragues font même le vidange dans l’eau et l’huile tue les poissons et tous les animaux aquatiques qui y vivent. C’est une pollution systématique des eaux. Même la station de pompage pour l’adduction d’eau dans la cité de la SAG a été contaminée récemment par les exploitants par dragage. L’entreprise a porté plainte, et nous avons chassé les auteurs.

Et quand les eaux sont polluées, elles sont imbuvables. Pourtant, tous les villages riverains sont installés près des rivières et fleuves à cause de l’eau. Ils utilisent cette eau pour la consommation et pour tous les besoins domestiques.

Quand vous prenez les berges des cours d’eau, touffues de la végétation, ils viennent déraciner les arbres, parce qu’ils estiment que les berges contiennent de l’or. Finalement, tous les arbres sont abattus à l’alentour et l’eau n’est plus couverte. Et quand les rayons solaires tapent l’eau, c’est l’évaporation qui se produit.

Pour ce qui est du couvert végétale, les exploitants creusaient jusqu’à 25 mètres, mais avec l’arrivée des burkinabés, ils font jusqu’à 70 mètres de profondeur. Et pour éviter les éboulements, ils coupent des gros arbres et débarquent plus de deux chargements de bois pour le soutènement dans un seul trou. C’est une destruction abusive de la végétation dans cette partie proche du sahel.

Sur le plan de l’élevage, les mines exploitées sont souvent abandonnées au profit d’autres lieux. Et les trous béants ne sont jamais restaurés. Quand les animaux se déplacent à la recherche du pâturage, ils tombent dedans. Parce que les parties sont recouvertes de pailles. Et même des hommes parfois tombent dans les trous. On les recherche pendant deux jours voire même une semaine. Et c’est le corps qu’on retrouve après. C’est ce qui a fait que nous avons interdit à nos hommes de partir sur certains sites. Mais on ne finira pas d’énumérer les conséquences de l’orpaillage sur l’environnement.

Quelles actions avez-vous entreprises pour atténuez ces dégâts ?

D’abord nous avons interdit à tout propriétaire de dragues qui n’a pas les techniques requises (prendre le gravier dans l’eau et les exploités hors de l’eau), d’opérer. Tous ceux qui creusent dans les berges ou qui lavent le gravier dans les cours d’eau seront sanctionnés par les autorités. Il y a le système de parcellisation dans des zones choisies par l’Etat, qui consiste à revendre les parcelles.

Là, si quelqu’un achètes et exploite une parcelle, il doit refermer les trous avant de repartir dans une autre parcelle. Il y a même la caution de restauration qui est de 5 millions de francs guinéens. Donc, quand l’intéressé restaure les trous dans sa parcelle, les 5 millions lui seront restitués. S’il ne le fait pas, l’argent sera utilisé pour la restauration. Nous sommes en phase d’expérimentation et les exploitants sont en train d’être sensibilisés pour qu’ils acceptent de faire cette bonne pratique.

Quels sont les dangers de l’utilisation des produits chimiques dans l’orpaillage sur la biodiversité ?

La Guinée a adhéré à la convention de Miniamata, qui interdit l’utilisation du mercure à tous les pays membres. Le mercure est plus dangereux que le cyanure. Parce que l’effet du cyanure, c’est petit à petit et dans un temps limité. Mais les effets du mercure peuvent faire 100 ans. Le mercure agit sur les poumons, les fœtus, les femmes enceintes, etc. et l’expérience a prouvé que c’est là où on utilise le mercure qu’il y a plus de bébés mort-nés ou des bébés déformés.

Pourtant, l’or obtenu à partir du mercure est moins convoité que celui obtenu du processus normal. Il y a même des pays qui ont cessés d’acheter l’or obtenu à partir du mercure, parce que les dangers peuvent durer très longtemps.

Les canadiens aussi ont une nouvelle méthode alternative. Leur unité pilote peut traiter le minerai de façon rapide et l’or obtenu de ce processus est hautement convoité.

Des conseils aux orpailleurs pour une meilleure gestion de l’environnement?

Je demande aux orpailleurs de creuser des puits ou forages, tirer l’eau à travers des tuyaux pour laver le minerai à une grande distance des rivières et fleuves qui constituent des sources d’approvisionnement en eau des villages environnants. C’est mieux que de laver le gravier dans les cours d’eau ou d’utiliser le mercure qui impacte la biodiversité dans son ensemble.

Mamadou Oury Bah

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