Siguiri : « Même les cimetières ne sont pas épargnés par les orpailleurs»

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Siguiri : « Même les cimetières ne sont pas épargnés par les orpailleurs»

L’exploitation artisanale de l’or est une activité incontournable dans la préfecture de Siguiri. L’orpaillage cause d’énormes problèmes à la faune et à la flore. Pour parler des tenants et des aboutissants de cette pratique, les actions entreprises pour inverser la tendance, Action Mines a rencontré le conservateur de la nature, et Directeur préfectoral de l’environnement des eaux et forêts de Siguiri, Aboubacar Sidiki KEITA. Entretien !

Quelle sont les conséquences de l’exploitation artisanale de l’or à Siguiri ?

Si l’exploitation artisanale de l’or à Siguiri est bénéfique pour les communautés, si elle remplit les caisses des communautés et des orpailleurs, elle cause d’énormes conséquences sur l’environnement. En ce sens qu’elle n’épargne aucune ressource forestière, notamment les forêts communautaires et les forêts classées. Même les cimetières, si le sondage prouve qu’il y a de l’or, les gens viennent s’attaquer et ils déplacent les cimetières. En un mot, aucune partie de l’environnement n’est épargnée : les fleuves, les rivières, etc.

Sachant que c’est le directeur préfectoral des mines et celui qui s’occupe de l’encadrement de l’exploitation minière, quel est votre niveau de collaboration? 

On ne peut pas avoir les ressources du sous-sol sans dégrader le sol. Et nous, nous sommes là pour protéger cette ressource. Et la ressource dont ils ont besoin, c’est l’or. Et pour trouver l’or, il faut dégrader le sol. Nous avons eu plusieurs rencontres avec la direction préfectorale des mines. Nous avons déployé au niveau des localités des agents de l’environnement des eaux et forêts pour protéger ces ressources.

Compte tenu des différentes difficultés que nous rencontrons, en 2017, nous avons eu une conférence à Kankan dirigée par le Chef de l’Etat, sur l’organisation de l’orpaillage. Nous sommes toujours sur cette phase du projet qui consiste à mettre disposition quelques sites aux orpailleurs en utilisant toutes les règles et les méthodes appropriées de l’exploitation.

Mais, j’avoue que ça marche difficilement parce que les gens quittent d’un peu partout de la Guinée et de la sous-région pour venir envahir la zone. Ils sont avec des machines détectrices. Une fois qu’un lieu est découvert, c’est la ruée vers l’or. Donc, on n’arrive pas à maîtriser la situation. Comme ça fait l’affaire des communautés, ces dernières les soutiennent. Nous avons vraiment du mal à maîtriser les méfaits de cette pratique, malgré l’effort des deux directions.

Quelles sont les dispositions prises pour lutter contre l’utilisation des produits chimiques et la coupe abusive du bois pour le soutènement des puits ?

Les dispositions ont consisté à faire de la sensibilisation au niveau des différentes sous-préfectures pour rappeler aux gens que cette pratique est mauvaise, surtout la coupe abusive du bois pour le soutènement et l’utilisation du cyanure et du mercure. Des missions du ministère en charge de l’environnement des eaux et forêts sont passées deux à trois fois par an, pour véhiculer des messages.

Cette année, nous avons adopté la méthode forte. Quand nous trouvons quelqu’un sur un site d’exploitation artisanale de l’or en train d’utiliser du mercure, nous déployons les forces de l’ordre pour récupérer les concernés et leurs objets, pour les envoyer à la justice. Souvent, nous travaillons avec la gendarmerie et la police. A Siguiri, ce sont les burkinabé qui ont envoyé cette pratique. Maintenant, elle est pratiquée par les guinéens aussi. Donc nous procédons à l’arrestation parce que nous avons trouvé que la sensibilisation ne marche pas.

Quel est le nombre de personnes arrêtées aujourd’hui avec des produits chimiques dans l’orpaillage ?

Il est difficile pour moi de vous fournir des statistiques. Car nous exécutons nos missions avec les autres forces de sécurité (police et gendarme). La police pourrait avoir ces chiffres. Nous avons quand même arrêté une centaine de personnes, surtout  d’étrangers (burkinabé et maliens) et on les a mis à la disposition de la justice.

Notre problème, lorsque nous les rapatrions, quelques jours après, sous la complicité des autorités des districts, ils reviennent. Donc l’envahissement est là. Nous sommes limités ici par les textes sur la libre circulation des personnes et leurs biens de la CEDEAO (communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest). Quand on les arrête, une fois le jugement rendu, on confisque les matériels au niveau du camp militaire et les raccompagne jusqu’à la frontière. Ça ne dure pas, parce que les habitants sont complices. Car, avec cette pratique ils obtiennent facilement de l’or sans fournir assez d’efforts. Cette méthode est enrichissante, mais très dangereuse pour l’environnement et la communauté.

Disposez-vous les moyens de vos politiques pour faire face à cette situation?

Nous n’avons pas les moyens de notre ambition parce que nos agents sont sur motos. S’ils partent sur le terrain et qu’ils trouvent des délinquants, ils ne peuvent pas les embarquer et les envoyer sur motos. Souvent, nous demandons main forte à l’armée pour nous prêter des véhicules afin de transporter les objets et les délinquants. Nous avons beaucoup d’ambitions, mais nos moyens sont limités.

Quel conseil avez-vous à lancer à l’endroit des acteurs à tous les niveaux face à cette situation ?

Le conseil que j’ai à lancer aux populations de Siguiri, Kérouané, Dinguiraye et Mandiana, c’est de savoir que l’utilisation du mercure et du cyanure par les mains, a des conséquences immédiates et lointaines sur les habitants et l’environnement. Il y’avait une autre pratique qui est l’utilisation du système de dragage. Avec l’appui des autres forces de sécurité, nous avons pu extirper ces machines de dragage dans nos cours d’eau. Les cours d’eau sont plus riches en minerai que la surface. Nous avons les principaux cours d’eau comme les sites Ramsar : le Niger, le Bakoye, affluent du Bafing, qui forment le fleuve Sénégal.

Je demande aux bailleurs de fonds de nous appuyer pour l’obtention d’une barque à moteur pour la surveillance des cours d’eau. Nous avons plus de 400 km des cours d’eau à surveiller. Tous ces cours d’eau sont remplis d’or. Si nous n’avons pas des moyens de nous déplacer, c’est difficile.  Nous avons des jeunes biens formés, prêts à descendre à tout moment sur le terrain. Et souvent nous sommes limités dans nos déplacements. Nous sollicitons l’obtention d’un véhicule pick-up et une barque pour faire la patrouille.

Réalisé par BM

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